Publication élaborée à partir du dossier de presse

Du 13e au 15e siècle, l’Europe occidentale a connu des définitions de plus en plus restrictives du sexe et du mariage, notamment sous le droit ecclésiastique. L’art de cette période, cependant, raconte une histoire plus complexe. Si certaines œuvres appliquaient ces règles plus strictes, d’autres offraient un cadre propice à l’exploration et à l’élargissement des idées sur l’expression du genre, l’union érotique et la parenté amoureuse.


Souvent inspirés par des textes religieux et littéraires, les artistes médiévaux se sont concentrés sur le thème du désir, tant physique que spirituel. Ils ont immortalisé un monde où les aristocrates modélisaient la chorégraphie élaborée de la cour, les saintes déclaraient leur désir d’être l’épouse du Christ, et les amitiés passionnées abondaient dans les sphères homosociales de la cour et du monastère.


Les sentiments exprimés dans l’art médiéval peuvent surprendre. Son imagerie refuse souvent les distinctions rigides que nous pourrions opérer entre homme et femme, ami et amant, profane et sacré. Pour beaucoup aujourd’hui, ces refus trouvent un écho. Ils encouragent le spectateur à s’affranchir des limites des catégories et de certaines présomptions – une approche parfois qualifiée de ‘queering du passé’. Cette perspective peut révéler de nouvelles significations, et aussi laisser place à des moments d’ambiguïté.

Le lien conjugal entre un homme et une femme était un idéal médiéval dévorant, défendu par la législation religieuse, la littérature et l’art. Les cadeaux étaient particulièrement essentiels aux rites de mariage, leur imagerie exprimant à la fois le désir amoureux et des visions plus sombres de la vie domestique, notamment pour les femmes. L’Église louait les relations sexuelles procréatives entre mari et femme, mais considérait tout autre acte sexuel — quel que soit le sexe des partenaires — comme de la sodomie, une vaste catégorie de péchés incluant également l’hérésie religieuse et l’expression subversive du genre.

Pour beaucoup, ne pas avoir de partenaire et ne pas avoir de relations sexuelles était un choix délibéré et célébré. Des théologiens comme Saint Augustin considéraient l’abstinence sexuelle comme plus vertueuse que les relations sexuelles au sein du mariage. Les chevaliers étaient souvent exhortés à ignorer leurs pulsions sexuelles. Une hiérarchie du non-sexe émergea, incluant les vierges et les chastes, les célibataires et ceux qui n’éprouvaient pas de désir sexuel.


Au Moyen Âge, les objets étaient perçus comme de puissants stimulants du désir sexuel. Ils enflammaient l’imagination et maintenaient présentes les pensées d’un amant lointain. Un texte religieux du 14e siècle, par exemple, met en garde contre les ‘désirs charnels’ suscités par ‘des draps confortables, des chemises délicieusement douces et des robes écarlates agréables.’ Des objets personnels tels que les ceintures, les peignes, les tablettes d’écriture et les bijoux étaient intégrés au jeu complexe de la cour.

Notre compréhension de l’imagerie amoureuse médiévale repose sur les fantasmes élaborés par les artistes, musiciens et conteurs contemporains. À travers l’image, le chant et la poésie, ils dépeignaient de jeunes amants aristocratiques en proie à un désir obsessionnel, souvent adultère, voire impossible. Les couples s’adonnaient à des jeux impliquant l’offre et la rétention d’affection. Ici, une dynamique électrique de domination et de soumission traverse des représentations apparemment ludiques de caresses du menton, d’échecs et de chasse.


Dans l’art médiéval, les corps sont très expressifs. Plutôt que de rechercher le naturalisme, les artistes cherchaient à communiquer l’identité d’un sujet à travers des attributs spécifiques, tels que les vêtements, la coiffure, la pose et la couleur de peau. Ensemble, ils pouvaient évoquer de multiples aspects de l’identité d’une personne, sa classe sociale, sa religion, son origine géographique, son genre, ainsi que ses changements au fil du temps.

Dans les images comme dans les textes, les corps étaient en constante évolution. Le changement corporel était un principe fondamental de la foi chrétienne, exploré dans les récits bibliques, de la création d’Adam et Ève à la Résurrection du Christ. Les théologiens et artistes médiévaux, par exemple, concevaient le Christ comme possédant des attributs masculins et féminins, et de nombreux saints auraient changé de représentation de genre au cours de leur vie. Leurs images, destinées à susciter l’admiration ou, plus rarement, le ridicule, témoignent de la longue histoire de la non-conformité de genre.


Certains des plus grands penseurs chrétiens du Moyen-âge ont développé dans leurs écrits religieux les baisers profonds et prolongés qu’ils recherchaient avec le Seigneur. Aujourd’hui, cette alliance du sacré et de l’érotique peut paraître étrange, voire troublante. Mais pour ceux qui aspiraient à une union spirituelle avec Dieu, il n’existait pas de meilleur langage pour évoquer cette expérience rare et enivrante.

Les œuvres d’art se sont révélées particulièrement propices à l’expression et à la facilitation de l’extase spirituelle. Des manuels illustrés proposaient des guides de dévotion étape par étape, tandis que d’imposantes sculptures pouvaient focaliser la concentration ou servir de modèles d’unions idéales entre l’humain et le divin. L’art favorisait également une réflexion imaginative sur les identités de genre et les formes de parenté, particulièrement enrichissantes pour les religieuses et les moines. Les familles choisies, créées au sein des ordres religieux, pouvaient offrir des alternatives profondément satisfaisantes aux liens existant dans le monde profane.

Spectrum of Desire: Love, Sex, and Gender in the Middle Ages
The Metropolitan Museum of Art
The Met Cloisters, 99 Margaret Corbin Drive
Fort Tryon Park, New York
Du 17 octobre 2025 au 29 mars 2026
Ouvert les dimanche, lundi, mardi et jeudi de 10 à 17h
Ouvert les vendredi et samedi de 10h à 21h
Fermé le mercredi
https://www.metmuseum.org/exhibitions/spectrum-of-desire-love-sex-and-gender-in-the-middle-ages