Art x Gender


Lucas Cranach, Adam et Eve, vers 1500 © Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles. Photo: Guy Cussac

Derrière ce titre curieux qu’est Art x Gender, les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique proposent une exposition bien dans l’air du temps puisqu’elle interroge l’idée de genre. Il faut rappeler que le genre interroge les processus et rapports sociaux qui divisent, polarisent et organisent l’humanité en différentes catégories sexuées et sexuelles, telles que masculin/féminin, homme/femme, mâle/femelle, cisgenre/transgenre ou non-binaire, intersexe/dyadique, homo/hétéro, et d’autres encore.

Balthazar-François Tasson-Snel, Hercule et Hylas, 1830 © Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles. Photo: J. Geleyns
Art x Gender, vue de l’exposition. Photo x

Pour y arriver, les organisatrices et les organisateurs ont puisé uniquement dans les vastes collections et réserves du musée, avec des œuvres que l’on voit rarement, sinon jamais. Les pièces habituellement suspendues aux cimaises sont restées en place, ce qui exige un parcours semblable à un jeu de piste, avant d’arriver à la salle centrale de cette exposition — salle 66 — où une vingtaine de tableaux accueillent le visiteur. La surprise est alors grande de trouver au cœur d’une institution aussi vénérable un mélange de productions contemporaines voisinant d’autres produites il y a plusieurs siècles, des grands noms et des moins connus, des peintures aux techniques parmi les plus traditionnelles mélangées à des posters ou des sculptures d’aujourd’hui. Mais toutes ces œuvres sont reliées par un point commun: l’interrogation sur le genre que l’art permet.

Roger Wittevrongel, Torse, 1975 © Roger Wittevrongel / Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles. Photo: J. Geleyns
Maître du Saint-Sang, Lucrèce, premier quart du 16e siècle © Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles. Photo: Photo d’art Speltdoorn & Fils

Il vaut la peine de lever le nez pour lire les phrases imprimées en hauteur de la salle principale, textes qui rassemblent les assertions et lieux communs et questions suscités par la notion de genre. Pour des raisons pratiques, ces textes ont été placés avant l’accrochage des œuvres, et il est significatif que le plan des cimaises s’est modifié ensuite en vue d’obtenir davantage de cohérence entre les images et les textes. Étant donné que chacun de ces énoncés peut faire l’objet d’un débat sur le vécu social de notre actualité, le musée pourrait ainsi ressembler à un décor de télévision qui n’attendrait que les intervenants, pourquoi pas? Les organisatrices et les organisateurs expliquent par ailleurs que les guides ont reçu une formation spéciale et adaptée afin de faire face aux commentaires et questions que le public se posera forcément.

Olga Morano, Délie. Machine désirante et désirée par ses deux amants, 1974 © SABAM, Belgium / Olga Morano / Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles

Fernand Khnopff, Des caresses, 1896 © Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles

Géraldine Barbery et Audrey Lasserre, les commissaires de l’exposition, présentent leur travail en ces termes: ‘Art x Gender explore la manière dont les stéréotypes de genre influencent les représentations en art. La sélection ici mise en lumière invite à questionner les normes, les attributs et les rôles associés au féminin et au masculin, tout en interrogeant la pertinence de cette division elle-même. Représentations simplifiées du monde, les stéréotypes reposent sur l’idée que certains comportements – ou traits perçus comme distinctifs – seraient ‘naturels’. En réalité, ils relèvent de constructions culturelles et sociales qui façonnent nos manières de voir, de créer et de juger. L’art, comme tout langage, participe à ce système de représentations: il en reprend les codes, mais peut aussi les remettre en cause, devenant alors un outil de critique et un opérateur de transformation.

Art x Gender, vue de l’exposition. Photo x
Julian Key, SEX, non daté © SABAM, Belgium / Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles. Photo: J. Geleyns

À partir des collections des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, dans leur richesse comme dans leurs limites, cet accrochage propose une ‘défamiliarisation’ du regard: apprendre à voir autrement les œuvres, le musée et ses récits. L’espace d’exposition devient ainsi un laboratoire vivant, un terrain d’expérimentation collective où la recherche, la médiation et l’expérience du public se rencontrent pour construire, ensemble, de nouvelles manières de regarder, de ressentir et de comprendre les œuvres – autrement dit, de les ‘prendre avec soi’.

Pierre Bonnard, Nu à contre-jour, vers 1908 © Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles. Photo: J. Geleyns

Arsène Matton, Danse au clair de lune, 1911 © Luc Matton / Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles

Les instructions du guide qui accompagne l’accrochage ainsi que le parcours proposé au sein des collections permanentes prolongent la réflexion, et offrent des clés de lecture pour explorer les productions artistiques, en mettant en lumière des approches renouvelées. Les commissaires de l’exposition souhaitent que cette visite soit une invitation à imaginer de nouveaux chemins, au cœur du musée et au-delà de ses murs.

Danielle, Le Dragon, 1944 © SABAM, Belgium / Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles

Art x Gender, vue de l’exposition. Photo x

Art x Gender
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
Rue de la Régence 3, 1000 – Bruxelles
Du 19 novembre 2025 au 19 avril 2026
Du mardi au dimanche de 10 à 17hrs
Fermé le lundi
https://fine-arts-museum.be/fr/expositions/fragile

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Une réponse à “Art x Gender”

  1. Pierre Bonnard, le magicien. Mon coup de foudre permanent! Peut-être parce qu’il peint les êtres comme les amandiers, les champs le ciel, bref la nature, dont nous faisons, très acessoirement, partie… Un magicien.

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