Autoworld, Bruxelles, 40e anniversaire


Autoworld, Bruxelles, 40e anniversaire
Michel Michiels

Une centaine d’imagiers ont répondu à l’invitation de la Maison de l’Image pour créer la couverture d’un magazine imaginaire dont le titre est AUTOWORLD, l’un des plus beaux musées de l’automobile au monde.

Au tournant du 19e et 20e siècle la Belgique est la deuxième puissance économique du monde. Le début du 20e siècle (1905) voit la fin des travaux de l’Arc de Triomphe du Cinquantenaire. C’est dans ce contexte et sur ce site impressionnant que s’organisent les premiers salons de l’auto (*). Il faudra attendre les années 1930 pour que ce show de renommée internationale s’invite aux Palais du Centenaire au Heysel qui viennent de sortir de terre. Un demi-siècle passe encore et le Cinquantenaire renoue avec le mariage qui l’unit à l’automobile: le Musée Autoworld s’y installe en 1986. 2026 est donc l’année de son quarantième anniversaire.

Mexico, Artist unknown, 1951

Dans son architecture exceptionnelle, Autoworld présente plus de 300 véhicules qui déroulent l’histoire de l’automobile, de sa naissance à son futur. Le 19e siècle voit l’apogée de l’époque des fiacres, mais trois nouvelles technologies prennent forme: vapeur, électricité, pétrole. La lourdeur de la vapeur et la complexité de l’électricité finiront par imposer le pétrole. C’est l’époque où l’automobile incarnera pour toujours le génie humain. Dans les années 1930, la notion d’élégance et plus généralement de l’art est intimement liée à la voiture, dont les formes de l’époque continuent à nous impressionner. Après la guerre, la voiture est le symbole du mode de vie occidental et pendant les 1930 glorieuses, elle n’a de cesse de s’imposer comme le symbole du consumérisme.

Tom Schoonooghe, Belgium, 2025

Avec le choc pétrolier de 1973 et la prise de conscience de la finitude des ressources, le symbole faste est parfois contesté par celui de la catastrophe écologique annoncée. Jusqu’à cette époque les marques se construisent à coup de records, qui restent le meilleur moyen de prouver leur valeur. Mais le prix du pétrole flambe, et les contraintes apparaissent pour juguler l’ascension de l’automobile que l’on croyait infinie. Les journées sans voitures et la multiplication des radars deviennent une mission majeure que se donne la politique. L’idée s’insinue que le citoyen, jusque-là adorateur consentant, n’adhère plus à son mythe. Et pourtant, dans le monde du futur généré par l’intelligence artificielle, toutes les voitures sont volantes.

Rocco, France, 2024

Aujourd’hui Autoworld a quarante ans et figure dans le peloton de tête des plus beaux musées du monde qui sont aussi des musées d’art et d’histoire, et plus particulièrement des musées de sculptures roulantes. Merci donc à Autoworld qui est notre partenaire dans cette expo et merci à tous les créateurs qui ont répondu à l’appel.

(*) Le premier salon de l’auto au monde s’est tenu à Paris en 1898 dans le jardin des Tuileries. Mais c’est en 1895 que les premières automobiles motorisées apparaissent au Salon de l’Automobile et du Cycle à Bruxelles. Le premier salon de l’auto de Bruxelles se tiendra en 1902 au parc du Cinquantenaire

Nicolas Mahieu, Belgium, 2025

Les rêveries dérivées de l’automobile
Jean-Pierre Lecompte-Tours et Vincent Bardée

L’automobile fait rêver, la publicité l’a bien compris. Le désir étant son premier moteur, le marketing séduit par des récits qui évoquent un statut social supérieur, qui permettent un moment de se mettre dans la peau de James Bond ou Steve McQueen, de s’évader dans l’air pur des grands espaces aux horizons infinis, de retrouver l’adrénaline de la nature sauvage ou de la compétition, le bien-être opposé au monde stressant qui mène au burn-out, de se présenter comme la fidèle compagne qui ne demande rien et reste toujours disponible.

Domenico Azzara dans son atelier, 2025

D’autre part, la réussite financière de l’adulte lui permet de réaliser ses rêves de jeunesse, ce qui nourrit le développement du marché des voitures anciennes ou leurs substituts en maquettes. N’oublions pas non plus ces week-ends de compétition sur circuit avec des anciennes voitures que l’on peut conduire à la Fangio. Il s’agit toujours de créer un lien exceptionnel, émotionnel.

AI-generated image, Rolling sculpture Man Machine, 2025

Ne se contentant pas de ce désir, quelques rêveurs contemporains bricolent des objets à la manière dont les premiers constructeurs d’automobiles s’y attelaient en solitaire, dans leur petit atelier, dès la fin du 19 siècle. Ces artisans d’aujourd’hui inventent des modèles réduits, des maquettes aux différentes échelles, des photographies artistiques, des objets de design inspirés de fragments mécaniques, des concept-cars, et s’ingénient à trouver la perfection là ou leur imagination les mène.

Antoine Dufilho, Ferrari 812 Superfast Red, 2025

Depuis peu, quelques-uns utilisent des outils actuels comme les imprimantes 3D, des petits robots, ou l’assistance d’ordinateur voire l’I.A., ce qui propulse cet artisanat ‘à l’ancienne’ vers l’avant-garde technologique. Sautant le pas de la production industrielle, des entreprises proposent une gamme de jouets… pour adultes, des plus simples aux plus sophistiqués, et des jeux vidéos qui envoûtent des millions de joueurs de par le monde.

AI-generated image, 2025

L’autonomie de ces artisans et créateurs se motive d’abord par la passion, et devient un métier lucratif lorsque quelques collectionneurs — prêts à y mettre le prix — et le marketing de marques prestigieuses prennent conscience de la valeur de ces objets d’exception. Les commandes suivent et il arrive que ces produits de la passion se transforment en étalage de luxe commercial. Cela commence avec de simples mugs ou des montres plus ou moins exclusives, des réalisations sur mesure selon un cahier des charges personnalisé, et se poursuit avec le tuning, ou encore la technologie dernier cri qui se cache sous des aspects rétro. Le fin du fin est la production de ces automobiles de rêve, exceptionnelles et uniques, comme on en voit seulement à Monaco ou à Dubaï.

Alexander Calder, Première BMW Art Car, 1975

Le marché d’art n’est jamais loin. Ainsi on a vu de vrais bolides de course décorés par Alexander Calder, Roy Lichtenstein ou Andy Warhol. Car l’imaginaire y cumule les rêves d’art, de rareté, de perfection, de compétition. L’automobile devient ainsi le vecteur d’une oeuvre personnelle créée à partir d’un phénomène social.

Domenico Azzara, oeuf en chocolat, Pâques 2026

Autoworld, Bruxelles, 40e anniversaire
La Maison de l’Image / Seed Factory
19 avenue des Volontaires, 1160 Bruxelles
Métro Pétillon
Du 23 avril au 30 juin 2026
Tous les jours ouvrables, aux heures de bureau de 10 à 17h
Fermé samedi et dimanche ainsi que les jours de congés légaux
www.seedfactory.be
https://www.seedfactory.be/maison-de-limage/

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