Momies / Musée de l’Homme


Billet rédigé à partir du dossier de presse

Depuis des siècles, les momies suscitent un mélange de fascination et de trouble, car elles sont des rappels puissants de notre propre finitude. Dans un monde occidental où l’on dissimule de plus en plus le corps défunt, où la mort se vit souvent en retrait, les momies interrogent frontalement notre rapport à la disparition et à la mémoire. Présentes sur tous les continents et à toutes les époques, elles révèlent la diversité des rituels liés à la conservation des corps.

Musée de l’Homme, Momies, vue in situ
de l’exposition © MNHN – J.-C. Domenech
Myrithis, jeune fille momifiée dans l’Egypte romaine ou byzantine, – 30 à 640 © MNHN – J.-C. Domenech

Les momies égyptiennes, soigneusement embaumées pour accompagner l’âme dans l’au-delà, sont les plus célèbres auprès du grand public. Les Chinchorros d’Amérique du Sud, vieilles de plusieurs millénaires, comptent parmi les plus anciennes jamais découvertes. Les Torajas d’Indonésie, eux, perpétuent un rituel où les morts continuent de faire partie de la vie quotidienne, veillés, habillés, honorés au fil du temps. Cette diversité de pratiques révèle la créativité des sociétés humaines pour donner sens à la mort, et lui offrir une forme de continuité, de présence, ou de passage.

Jeune fille de Strasbourg, fillette probablement issue d’une famille aristocratique protestante étrangère à Strasbourg, décédée entre les années 1635 et 1640 © E. Quetel

Avec cette exposition, le Musée de l’Homme souhaite réhumaniser ces collections. Derrière chaque momie se trouve une personne, un individu avec ses croyances, ses gestes, son histoire, et un parcours de vie et de mort que l’on peut encore tenter de retracer. Ces corps ne sont pas des objets: ce sont des témoins. Leur présence dans les musées soulève d’ailleurs des questions éthiques essentielles, que l’exposition aborde de manière ouverte et responsable.

Musée de l’Homme, Momies, vue in situ de l’exposition © MNHN – J.-C. Domenech
Jeune garçon des Martres-d’Artière, culture gallo-romaine, première moitié du 3e siècle © MNHN – J.-C. Domenech

Les momies sont de véritables capsules temporelles. Elles renferment des informations précieuses sur les sociétés anciennes: leur alimentation, leurs maladies, leurs pratiques funéraires, leurs migrations. Elles constituent en ce sens des archives biologiques de l’humanité, fragiles et irremplaçables, capables de nous éclairer sur ce que nous avons été et, peut-être, sur ce que nous devenons.

Jeune femme des Andes, entre le 8e siècle et le 10e siècle © MNHN – J.-C. Domenech

La momification se pratique sur tous les continents depuis des millénaires, révélant le désir d’éternité qui hante les humains depuis toujours. L’exposition présente neuf corps momifiés exceptionnels, pour la plupart conservés par le Musée, accompagnés d’objets funéraires, de documents scientifiques et d’œuvres d’art contemporain inspirés par ces traditions. Questions sociétales et symboliques, rites et techniques ancestrales de momification, recherches menées autour des individus, sont autant de sujets passionnants traités dans l’exposition. Elle revient parallèlement sur la manière dont les collections se sont constituées et ont été exposées à partir de la fin du 18e siècle, et analyse l’évolution de notre regard sur ces corps défiant le temps.

Musée de l’Homme, Momies, vue in situ de l’exposition © MNHN – J.-C. Domenech
Sarcophage d’une chanteuse d’Amon de Karnak © Musée du Louvre, Dist.
GrandPalaisRmn / Georges Poncet

Depuis l’essor de l’archéologie au 18e siècle, l’engouement des Occidentaux pour les momies ne s’est jamais démenti. Provoquant à la fois attrait et répulsion, elles ont été abondamment convoquées dans la littérature, le cinéma, la bande dessinée, la publicité et sont, de ce fait, très présentes dans notre imaginaire… avec tout un cortège de clichés et de fausses idées. L’introduction de l’exposition Momies montre ainsi comment la culture populaire a forgé un archétype, particulièrement lié à l’Égypte ancienne.

Jeune fille de Strasbourg, fillette probablement issue d’une famille aristocratique protestante étrangère à Strasbourg, décédée entre les années 1635 et 1640, détail © E. Quetel

L’exposition explore ces différents aspects à travers un parcours en quatre parties. La première, À la rencontre des défunts momifiés permet de définir la momification et retracer l’évolution des pratiques à travers les époques et les différentes régions du monde. Elle montre quelle proximité elle crée entre vivants et morts et quel rapport à l’éternité elle instaure. Outre le cas de l’Égypte, d’autres cultures sont évoquées, comme celle des Tojaras en Indonésie actuelle, celle de la Sicile baroque ou de la France du 19e siècle, sans oublier les momies politiques, en Europe, en Chine ou en Russie, pour des dirigeants, comme Mao ou Lénine, autour desquels un culte s’est développé.

Simulacre d’une momie d’enfant dans son cercueil, Aksoum, Ethiopie, 19e siècle. L’imagerie a révélé que cet objet ne comprenait pas de restes humains: il s’agit d’un faux © MNHN – J.-C. Domenech

La seconde partie, intitulée Techniques et rites de momification, explore différents procédés de préservation des corps. Après une évocation des momifications fortuites, qui peuvent advenir dans certaines conditions de température ou d’acidité, cinq chaînes opératoires de momification intentionnelle sont détaillées. Le corps momifié d’un enfant de 5 ou 6 ans, ayant vécu à la période préhispanique dans une région de l’actuel Pérou, illustre ainsi la pratique funéraire des Chancays, qui empaquetaient les corps momifiés dans un tissu.

Un jeune adulte embaumé il y a plus de 2000 ans, en Égypte ptolémaïque, permet de décrire les momifications pratiquées. Une jeune femme dite ‘reine Guanche’ du 8e ou 9e siècle montre la pratique du boucanage chez ce peuple ancien des Îles Canaries. Sont enfin abordés les sujets de la momification temporaire opérée dans les Îles Marquises, et de la thanatopraxie, qui permet, dans la culture occidentale actuelle, la conservation des défunts avant inhumation ou crémation.

Félix Bonfils. Égypte, 1875, vendeur de momies © Wikimédia CC0

L’exposition se poursuit en revenant sur le spectaculaire essor de l’archéologie et, dans son sillon, la création des musées à partir du 18e siècle et durant la période coloniale. De nombreux corps momifiés, prélevés principalement en Égypte ou en Amérique du Sud, intègrent alors les collections occidentales. Un commerce s’organise, avec un succès tel que des fausses momies sont même fabriquées pour assouvir la demande! Aujourd’hui, la loi interdit la possession ou le commerce des restes humains et la question de leur patrimonialisation demeure complexe. Chaque pays possédant sa propre législation et chaque culture étant en droit de réclamer le retour de ses ancêtres, la déontologie a évolué et les musées s’interrogent sur l’origine et la trajectoire de ces défunts. En outre, des réflexions éthiques sur la pertinence et la manière de les exposer au public sont menées, suscitant, à travers le monde, des débats que cette exposition a l’ambition de nourrir.

Petearmosnouphis, Ombos (actuelle Kôm-Ombo), 1er ou 2e siècle avant notre ère © Musée des Confluences, Lyon – Jennifer Plantier
Nourrisson égyptien, 1er, 2e ou 3e siècle avant notre ère © MNHN – J.-C. Domenech

La dernière partie de l’exposition, L’étude des défunts momifiés, une enquête sur la vie, permet aux visiteurs de comprendre comment les scientifiques parviennent à reconstituer le passé grâce à l’étude des corps momifiés. Les examens menés à l’aide des techniques médicales de l’imagerie ou de la biochimie, notamment pour la datation et l’analyse génétique, ouvrent une fenêtre de connaissance très complète sur l’individu lui-même et sur toute sa société. Son mode de vie, sa santé, son alimentation, ses déplacements, ses vêtements, ses pratiques esthétiques, ses croyances et ses rituels funéraires peuvent ainsi ressurgir du passé.

Coffret funéraire, ou coffre à vases canopes, -1550 à -1069 avant notre ère © Musée du Louvre, Dist.GrandPalaisRmn – Georges Poncet

Momies
Musée de l’Homme
Place du Trocadéro, Paris 16e
Du 19 novembre 2025 au 25 mai 2026
Ouvert tous les jours de 11 à 18hrs
Sauf le mardi
https://www.museedelhomme.fr/fr/exposition-evenement/momies

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