De l’estampe au manga: le Japon artistique


Billet rédigé à partir du dossier de presse

L’exposition De l’estampe au manga: le Japon artistique, à l’abbaye de Stavelot, propose une plongée dans l’histoire et l’évolution de l’image imprimée japonaise, depuis l’estampe traditionnelle aux mangas contemporains. Elle met en lumière les racines artistiques et culturelles du manga, en les reliant aux grandes estampes japonaises des périodes Edo (1603-1868) et Meiji (1868-1912).

Entrée de l’exposition De l’estampe au manga, Tori, portail traditionnel japonais © Les reportages de Polo / Abbaye de Stavelot

Loin d’être un phénomène isolé, le manga s’inscrit dans une longue tradition graphique où se rencontrent la narration visuelle, la maîtrise du trait, la composition dynamique et le rapport étroit entre texte et image. Conçue pour un large public, l’exposition s’adresse aussi bien aux amateurs d’art et aux passionnés de culture japonaise qu’aux familles et aux publics scolaires. Des dispositifs de médiation, des activités pédagogiques et des ateliers viennent compléter la visite, invitant petits et grands à mieux comprendre les liens entre tradition et création contemporaine.

Vue de l’exposition © Les reportages de Polo / Abbaye de Stavelot

L’estampe fait partie depuis longtemps de la culture populaire destinée à un large public tout comme le manga aujourd’hui. La narration, l’expression codifiée, la stylisation graphique, les cadrages, les thématiques, les codes et les symboles présents dans les estampes se retrouvent dans le manga contemporain sous de nouvelles formes, transformant cet héritage vers la modernité. Depuis les grands maîtres de l’estampe de l’époque Edo jusqu’aux célèbres mangakas de l’époque contemporaine, l’exposition met en lumière une tradition graphique et une culture esthétique qui se sont transmises au Japon depuis l’époque médiévale.

Miroir ancien – Dokyo en bronze et poignée de fibres tressées. Motifs de grues et de tortues, entouré de pins. Objet de prestige de l’aristocratie japonaise. Illustré dans les estampes d’Utamaro. Epoque Edo, vers 1800 © Collection privée / Abbaye de Stavelot

Cette exposition est un dialogue inédit entre estampes traditionnelles, œuvres impressionnistes, animations et mangas contemporains, dévoilant des connexions artistiques insoupçonnées à travers plus de 250 pièces, toutes issues de collections particulières: estampes, pastels, gravures, dessins, celluloïds originaux mais aussi de nombreux objets.

Vue de l’exposition © Les reportages de Polo / Abbaye de Stavelot

Revue périodique éditée par Siegfried Bing (dit aussi Samuel Bing), qui a fortement aidé à la promotion de l’art japonais en France. © Collection privée / Abbaye de Stavelot

Au milieu du 19e siècle, après deux siècles d’isolationnisme, le Pays du Soleil Levant ouvre des relations diplomatiques et commerciales avec l’Occident, qui découvre massivement l’art japonais. A Paris, entre 1855 et 1900, eurent lieu cinq Expositions Universelles. Le Japon participe pour la première fois à celle de 1867 sous le shogunat Tokugawa et se présente activement aux expositions suivantes. Ces événements mondiaux exhibent l’excellence industrielle, commerciale et artistique des nations invitées. Les milliers d’estampes et objets d’art japonais exposés captivèrent le public parisien. Cette fascination, amplifiée par l’enthousiasme des peintres impressionnistes et des critiques d’art influents, engendra le japonisme, mouvement culturel qui transforma profondément l’art occidental pendant six décennies.

Vue de l’exposition © Les reportages de Polo / Abbaye de Stavelot

Cette diplomatie culturelle servit brillamment l’économie japonaise. L’engouement européen pour les estampes ukiyo-e et l’artisanat nippon généra un afflux significatif de devises étrangères, finançant la révolution industrielle japonaise. Ainsi s’établit un échange fructueux entre deux civilisations que géographie et traditions semblaient pourtant séparer.

Hokusai, Le Fuji rouge, dans les Trente-six Vues du Mont Fuji, premier tirage, 1831-1833 © Collection privée
Hiroshige, Ferry on the Fuji River, Suruga Province, from Famous Places in Japan, 1832 © The Trustees of the British Museum

L’estampe japonaise traditionnelle repose sur un processus sophistiqué de gravure sur bois appelé xylographie, importé de Chine puis perfectionné au Japon. D’abord utilisée pour reproduire des textes bouddhiques, cette technique connaît son apogée artistique durant la période Edo, de 1603 à 1868.

Utamaro, Les Fleurs d’Edo, Estampe, premier tirage vers 1803 © Collection privée

Cette culture fascinante va beaucoup influencer les arts européens et faire naître un mouvement artistique appelé le japonisme. Le Japon exporte massivement des produits traditionnels comme le thé, la laque, la porcelaine et les objets décoratifs, amenant ainsi des devises nécessaires à la modernisation du pays. Le Japon devient à la fois un partenaire commercial et une source d’inspiration artistique. Edgar Degas, Auguste Renoir, Claude Monet, Vincent van Gogh, Alfred Sisley, Mary Cassatt et bien d’autres sont admiratifs de l’art japonais et vont emprunter le sens de la composition, le cadrage, et la perspective aux artistes nippons. Beaucoup de peintres européens deviendront des collectionneurs acharnés d’art japonais.

Armure de samouraï traditionnelle japonaise, appelée Yoroi ou Tosei Gusoku, fin de l’époque Edo, vers 1850 © Les reportages de Polo / Collection privée / Abbaye de Stavelot

L’estampe et le manga, chacun à leur manière, emmènent le visiteur dans l’imaginaire collectif japonais et les traditions ancestrales de ce pays. Ainsi, samouraïs, yokai et figures légendaires largement illustrés sur les estampes, se retrouvent également dans le manga contemporain, où ils servent de médiateurs pour interroger les valeurs, l’identité et la morale du lecteur.

Masque du théâtre nô représentant un visage féminin. Rôle de Zo-Onna, ‘jeune femme’ pure et belle. Dents noires et sourcils rasés redessinés caractéristiques de la noblesse © Collection privée / Abbaye de Stavelot

La culture populaire japonaise développe, depuis l’époque Edo, les divertissements, le théâtre kabuki et les fêtes, dont l’expressivité influence encore aujourd’hui le langage graphique du manga. Du glamour des geishas à l’intensité des combats d’arts martiaux, l’art japonais célèbre la culture populaire sous toutes ses formes. L’influence du théâtre kabuki est omniprésente dans le manga actuel. Il suffit de voir comment les expressions faciales codifiées et exagérées, appelées ‘mie’ — ces poses dramatiques figées, yeux écarquillés — se retrouvent directement dans l’expressivité des personnages de mangas ultra-populaires comme Naruto par exemple.

Vue de l’exposition © Les reportages de Polo / Abbaye de Stavelot

Bien plus qu’une simple bande dessinée, le manga contemporain est l’héritier direct d’une riche tradition visuelle japonaise. Déjà au 12e siècle les emakimono, qui sont des rouleaux illustrés où cohabitent textes et images, racontent des histoires et posent les bases d’une narration visuelle. C’est Hokusai qui parle le premier de ‘manga’ pour designer ses 4000 dessins consignés dans 15 carnets appelés Hokusai manga. Ils ne sont pas les mangas comme nous les connaissons aujourd’hui, car ils ne racontent pas une histoire. Ce sont des dessins d’observations que l’artiste appellera ‘dessins dérisoires’.

Vue de l’exposition, section dédiée aux mangas. Photo x

C’est à la fin du 19e siècle que le mot manga désignera des caricatures. Il est aujourd’hui associé à la bande dessinée qui s’est popularisée dans le monde. C’est toutefois après la Seconde Guerre mondiale qu’Osamu Tezuka, que l’on nomme parfois ‘le dieu du manga’, révolutionne le médium en introduisant des techniques cinématographiques inspirées par Walt Disney: plans variés, mouvements de caméra et montage dynamique. Il pose les fondations du manga moderne qui développe progressivement une grammaire visuelle distinctive: grands yeux expressifs, lignes de vitesse, symboles émotionnels, et mise en page fluide au service de la narration.

Vue de l’exposition © Les reportages de Polo / Abbaye de Stavelot

Le manga a poursuivi son évolution en se diversifiant en genres spécifiques — shōnen, shōjo, seinen — tout en conservant un lien profond avec ses origines visuelles. On y retrouve l’importance de la ligne et de la composition asymétrique de l’ukiyo-e, la représentation stylisée de la nature, ainsi que l’intégration de thèmes et motifs issus du folklore japonais, tels que les yokai, ces créatures surnaturelles. Par la narration, la composition, l’expressivité, les thématiques et les symboles, le manga est donc héritier de cet imaginaire qui se perpétue au Japon depuis des siècles et qui aujourd’hui se tourne vers la modernité.

Vue de l’exposition © Les reportages de Polo / Abbaye de Stavelot
Figurine en résine de Luffy. Echelle 1/3, import studio asiatique ‘Du Tai She’ © Les reportages de Polo / Akuma Collectors / Abbaye de Stavelot
Figurine de Naruto, buste Kakashi, Univers Naruto-Custom made © Les reportages de Polo /Akuma Collectors / Abbaye de Stavelot

L’exposition se termine par une sélection de mangas, de celluloïds, de dogas et de figurines issues des œuvres de Osamu Tezuka et Astro Boy, Leiji Matsumoto et Albator – Captain Harlock, Kenji Kodama et Nicky Larson, Akira Toriyama et Dragon Ball et Dragon Ball Z, Eiichiro Oda et One Piece, Masashi Kishimoto et Naruto, Tite Kubo et Bleach, Hayao Miyazaki et Nausicaa de la Vallée du Vent.

Vue de l’exposition © Les reportages de Polo / Abbaye de Stavelot

De l’estampe au manga: le Japon artistique
Abbaye de Stavelot
Cour de l’Abbaye, 1 – 4970 Stavelot – Belgique
Du 29 janvier au 29 novembre 2026
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Lundi de 10h à 18h lors des congés scolaires et jours fériés
https://abbayedestavelot.be/expositions/de-lestampe-au-manga-le-japon-artistique
https://abbayedestavelot.be

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