Shape of absence — Hrair Sarkissian


Billet rédigé à partir du dossier de presse

La Fondation Boghossian présente Shape of absence, une exposition qui rend compte de la tragédie patrimoniale en cours en Syrie depuis 2011. Le parcours s’articule autour de l’installation monumentale et spectaculaire de Hrair Sarkissian intitulée Stolen Past, en dialogue avec les images immersives de la société Iconem. L’ensemble devient une réflexion sur la disparition, la mémoire et la résilience.

Berceau millénaire de civilisations et carrefour culturel majeur, la Syrie voit depuis 2011 son patrimoine gravement menacé et exploité par la guerre, entre destructions, pillages et trafic d’antiquités. L’exposition s’attache à rendre compte de la tragédie en cours et met en lumière la nécessité de documenter les sites face à la perte de millions d’objets archéologiques.

Hrair Sarkissian, Stolen Past, 2026. Vue d’ensemble à la Fondation Boghossian © Silvia Cappellari

Stolen Past s’inscrit pleinement dans cette recherche de mémoire de l’humanité en voie de destruction. Formé dès son plus jeune âge dans le studio photographique de son père à Damas, Hrair Sarkissian est aujourd’hui reconnu comme l’un des photographes conceptuels majeurs de sa génération. Sa pratique, profondément ancrée dans l’histoire et la mémoire, trouve ici une résonance particulière.

Hrair Sarkissian, Stolen Past, 2026. Vue d’ensemble à la Fondation Boghossian ©  Photo Cameriere Ennio

L’œuvre monumentale présente 48 Lithophanies disposées telles des stèles funéraires, instaurant une atmosphère de recueillement. Illuminées, elles laissent apparaître des images proches de la photographie en noir et blanc, représentant des artefacts disparus du Musée de Raqqa, en Syrie. L’institution, fondée en 1981, était autrefois riche de 8.000 objets couvrant une vaste période historique. Entre 2013 et 2017, l’État islamique a pris le contrôle de la ville et a entièrement pillé ses musées et leurs collections. Des milliers de pièces inestimables ont été détruites, et seulement moins de 900 subsistent aujourd’hui.

Hrair Sarkissian, Stolen Past, 2026. Installation composée de 48 objets archéologiques disparus du Musée de Raqqa en Syrie, imprimés en 3D sur du Lithophane, une plaque en acide polylactique fabriquée à partir d’amidon de maïs et de canne à sucre © Ibraaz, Londres, Ollie Hammick

En réactivant une technique du milieu du 19e siècle, l’artiste documente ces vestiges absents au moyen de Lithophanies imprimées en trois dimensions sur de fines plaques translucides. Le projet met en lumière la manière dont l’absence peut être rendue visible, et interroge plus largement les formes de mémoire propres aux communautés marquées par la violence.

Dans une vidéo tournée en son atelier, Hrair Sarkissian explique la réalisation technique de ces Lithophanies, plus anciennes que l’on imagine puisque inventées par les Chinois dès l’Antiquité. Elles consistent en une plaque fine et translucide en porcelaine (à l’origine) ou en plastique (aujourd’hui) qui révèle une image en niveaux de gris uniquement lorsqu’elle est éclairée par l’arrière. À partir de là, une recréation par imprimante 3D laser ne devrait pas être impossible. On retrouverait alors un artefact identique à l’original détruit. 

Hrair Sarkissian, Stolen Past, 2026 © Ibraaz, Londres, Ollie Hammick

En écho, les images immersives présentées dans l’exposition sont issues des technologies de numérisation et de reconstruction 3D d’Iconem, et révèlent le site de Palmyre en Syrie fragilisé par le temps et les conflits. Entre vestiges monumentaux, détails sculptés et étendues silencieuses, le visiteur est invité à contempler ce qui demeure autant que ce qui manque. L’absence devient ici une forme visible: celle des traces, des ruines et des fragments qui continuent de raconter une histoire. À la croisée de l’art, de la mémoire et de l’innovation, Shape of absence interroge notre lien au patrimoine disparu et la capacité des images à préserver ce qui semblait perdu.

Hrair Sarkissian, Stolen Past, 2026 © Ibraaz, Londres, Ollie Hammick

Iconem, Site archéologique de Palmyre en Syrie, 2018. Capture d’écran de la vidéo présentant l’état actuel des ruines © Toronto Aga Khan Museum / Iconem

Fondée en 2013, Iconem est une entreprise technologique spécialisée en numérisation 3D de sites patrimoniaux. La firme travaille avec des organisations internationales, des gouvernements, des collectivités et des institutions culturelles d’envergure, tels que l’UNESCO, l’Aga Khan Trust for Culture, le Sultanat d’Oman, la Fondazione dei Musei Civici de Venise ou le Musée du Louvre, entre autres. Iconem réalise des modèles 3D de monuments et sites à grande échelle, des expositions immersives et des formations pour les professionnels.

Iconem, Site archéologique de Palmyre en Syrie, 2018. Capture d’écran de la vidéo présentant l’arc monumental, le temple de Baalshamin, le temple de Bel © Toronto Aga Khan Museum / Iconem

Yves Ubelmann, architecte et fondateur de la société Iconem, explique: ‘En construisant cet inventaire via des images numériques, on cherche à conserver la mémoire sur un autre support que le support matériel. Premièrement ces images permettent d’avoir une idée claire de l’état d’abandon de ces églises. Ensuite si elles disparaissent un jour, ou si elles sont abîmées, la trace numérique pourra aider à reconstruire ou restaurer ces bâtiments qui font partie du patrimoine.’ Iconem n’est pas la seule société à réaliser ce type d’images, mais sa spécificité est de ne pas vendre ces images à des fins commerciales. Elles sont toujours diffusées dans l’optique de faire prendre conscience d’un patrimoine existant. Et s’il a disparu, de le reconstruire virtuellement.

Iconem, Site archéologique de Palmyre en Syrie, 2018. Capture d’écran de la vidéo présentant l’arc monumental, le temple de Baalshamin, le temple de Bel © Toronto Aga Khan Museum / Iconem

Shape of absence — Hrair Sarkissian
Fondation Boghossian – Villa Empain
Avenue Franklin Roosevelt 67 – 1050 Bruxelles
Du 18 juin 2026 au 24 janvier 2027
Du mardi au dimanche, de 11 à 18 heures
https://villaempain.com/expo/shape-of-absence/

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