Un avant-goût des vacances


Carole Chaix, 
© l’auteure / Huberty&Breyne 

Toute personne qui s’intéresse, même de loin, aux choses des arts graphiques, connaît The New Yorker. Ses couvertures les plus célèbres, dessinées par les plus grands noms, ont un impact planétaire tant elles se distinguent de tout ce qui se fait ailleurs, tout en proposant un niveau supérieur de qualité. On se demande comment les éditeurs de la prestigieuse publication envisagent leur édition de février 2025, puisque l’hebdomadaire fêtera son centenaire à ce moment? Le concept de The New Yorker est exportable, au point que plusieurs villes, et non des moindres, ont acquis le droit d’adapter l’idée à leur propre avantage, moyennant le respect d’un rigoureux cahier des charges bien entendu. Ces villes prestigieuses sont triées sur le volet, et jusqu’à présent quelques-unes seulement ont obtenu le précieux sésame: New York, Paris, Tokyo, Montréal, Shanghaï, Milan… et Bruxelles.

Nylso, 
© l’auteur / Huberty&Breyne 

Au printemps 2021, La Maison de l’Image qui est logée chez Seed Factory, à Bruxelles-Auderghem, présentait ainsi The Brusseler, une exposition réunissant le gratin du graphisme et de l’illustration. Passons sur le fait qu’aucune instance officielle n’a souhaité prendre part à cet hommage international qui pourtant valorise Bruxelles, capitale de l’Europe, et ses artistes graphiques (on ne peut qu’en subodorer les raisons). Mais peu importe, le concept étant porteur, aujourd’hui The Traveler voit le jour. Cela se traduit par Le voyageur, ce qui est déjà un signe indicatif des contenus. Au passage, saluons l’astuce du curateur d’exposition, David Merveille, qui a joliment réussi à s’approprier la petite musique du titre original, tout en inventant la sienne qui ne doit rien à l’original, sinon la typographie.

David Merveille, © l’auteur / Huberty&Breyne

 L’idée de départ est simple: proposer à une cinquantaine d’artistes, dessinateurs, affichistes et auteurs de bande dessinée, toutes et tous auteurs reconnus et appréciés en leur domaine, d’imaginer sur le modèle de The New Yorker et The Brusseler la couverture d’un magazine fictif intitulé The Traveler. S’il ne restait qu’une seule image après avoir effectué un beau voyage, quelle serait-elle? Chaque auteur reçoit carte blanche, pour autant qu’il choisisse un lieu qui lui est cher, et qui serait comme une invitation au voyage. Ainsi, le petit mot qui accompagne la création de David Merveille raconte le processus à la perfection: « Chaque fois que je retourne sur les terres de mio nonno je fais cette promenade qui m’amène à Amalfi. Au détour d’un virage on se retrouve en face de la mer, impossible de ne pas se poser quelques minutes sur le petit muret pour rallonger cet instant magique ». Comment mieux signifier l’idée d’euphorie du voyage sur place? Ce rêve éveillé, on le sait, a alimenté bien des ouvrages en littérature et/ou en philosophie depuis des siècles, sinon des millénaires.

Tom Schamp, 
© l’auteur / Huberty&Breyne 

Enfin, il faut apprécier la diversité des solutions offertes, chaque image étant un révélateur de la personnalité de son auteur, de ses rêves, de son imaginaire, de sa maîtrise graphique. Il est intéressant aussi, parce que rare, de noter que l’exposition ne propose pas seulement la centaine de couvertures standardisées selon les critères de parution, mais aussi les originaux aux formats et techniques variés propres à chaque auteur. Toutes les voies sont explorées, et cela file dans tous les sens. Voici un complément qui devient un plus, tant il est rare de pouvoir admirer une image à son dernier stade de conception, juste avant la publication, comme si elle venait d’être enlevée de la table de travail de celui qui l’a produite.

The Traveler, 100 couvertures imaginaires
Huberty & Breyne Gallery
Place du Châtelain 33
1050 Ixelles
Jusqu’au 27 août
Du mardi ou samedi de 11 à 18h
http://www.hubertybreyne.com

Dès la rentrée, sous le soleil de Mexico

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